PORT-AU-PRINCE – Quarante mille mètres carrés. C’est la surface du prochain siège du parlement haïtien. Cela représente quatre immeubles comme celui qui abrite le siège social de la compagnie Digicel à Turgeau. Cet immeuble colossal sera situé au Bicentenaire, entre La Saline et Cité de Dieu et coûtera la modique somme de 89 millions de dollars sans ses meubles. Comparés aux 15 millions de la facture du siège de Digicel cela fait son pesant de gourdes par élu.

Au Bicentenaire, des centaines de personnes, dont des commerçantes, des gagne-petit et des riverains, prennent d’assaut la place d’Italie. Effrayés par l’explosion brutale de violence entre les gangs armés qui s’entredéchirent pour le contrôle des territoires adjacents, les marchands ne pouvaient trouver meilleur endroit dans ce « down town » de la capitale qui échappe de plus en plus au contrôle des autorités. Certains, chassés des quartiers Tokyo, Fort-Touron, Martissant, entre autres, s’y sédentarisent. A quelques encablures de ce décor enfanté par le désespoir et la violence, des ouvriers s’activent depuis cinq mois pour construire un méga bâtiment d’environ 40 000 mètres carrés qui logera le palais législatif. Bruit de marteau et détonations d’armes lourdes se confondent de temps à autre.

Le chantier, exécuté par la firme chinoise Hongyuan LTD, se trouve à un jet de pierres de la Primature, à l’avenue Marie-Jeanne sur le site de l’ancien Parlement détruit par le séisme du 12 janvier. Il coûtera 89 millions de dollars et s’étalera théoriquement sur 36 mois, selon Clément Bélizaire, directeur général de l’Unité de construction et de logement des bâtiments publics (UCLBP).

Selon l’ingénieur Bélizaire, l’institution qu’il dirige avait lancé un appel d’offres spécial pour ce projet parce que ce bâtiment est classé sous le label de sécurité nationale qui permet comme pour l’état d’urgence permet de sauter les verrous d’une passation de marché classique. « Le processus d’appel d’offres était spécial parce que nous ne pouvions pas divulguer le plan de ce bâtiment stratégique à tout le monde », a expliqué le chef de l’UCLBP.

Selon Clément Bélizaire, les firmes invitées à soumissionner pour les travaux et leurs références étaient: Kier (Digicel, Marriott) , Bouygues Bâtiment (BRH) , Dominion (HUEH) , Hongyuan Ltd (MEF/AGD/DGI/CSCCA/ Pont de la Vallée de Jacmel) , OECC (Cour de Cassation / DGI / MICT).

La firme Hongyuan, qui a remporté l’appel d’offres, œuvre en Haiti depuis 2007. Le contrat de supervision a été remporté par la firme BETA INGÉNIEURS CONSEILS. Les firmes ESC CONSEILS, GROUPE TRAME et BEJV ont été également invitées à soumissionner leurs offres.

En ce qui concerne le financement de la construction, le directeur de l’UCLBP a souligné que l’argent proviendrait d’une combinaison entre le Trésor public et les ressources issues de l’annulation de la dette. « Ce sera 50% pour chacune des parties. Bien entendu, je dois signaler que le montant de ce chantier de trois ans va s’échelonner sur cinq exercices fiscaux au minimum (budget annuel). Cela dit, nous n’allons pas allouer 89 millions de dollars sur un seul exercice fiscal au financement de ce chantier », a-t-il fait remarquer.

La durée de 36 mois est, selon M. Bélizaire, théorique. « C’est la durée incluse dans le contrat et qui prend en compte un certain niveau de contingence. Elle ne tient pas compte des journées ou semaines de mobilisation, de grève, de pays lock entre autres. On ne peut pas évaluer ces contre-temps. La durée pourra s’ajuster au fur et à mesure », a-t-il fait savoir.

Quid de l’avance de 10 millions de dollars américains confiés à la firme dominicaine HADDOM pour la construction du parlement ?

L’Etat haïtien, via le ministère de la Planification, avait déjà fait une avance de 10 millions de dollars à la firme dominicaine HADOM pour la construction du Parlement. Le directeur de l’UCLB a dissipé toute inquiétude à ce niveau. Le contrat a été signé par le ministère de la Planification en novembre 2012. L’UCLBP n’était pas encore été créée. Après la résiliation du contrat, nous avons fait une visite d’évaluation des travaux effectués en fonction de l’avance de 10 millions de dollars. La firme a fourni une facture de plus de 8 millions de dollars. En principe, il reste un manque à gagner d’un million de dollars », explique-t-il, ajoutant que la firme dominicaine avait un contrat de conception et de réalisation.

Clément Bélizaire affirme que la nouvelle firme chinoise redémarre le chantier sur les travaux préalablement effectués par la firme dominicaine.

Selon la fiche technique que l’UCLBP a partagée avec le journal, le palais législatif comprendra quatre bâtiments. Les deux chambres seront logées dans le bâtiment B qui s’étalera sur 7 étages. La Chambre des députés sere dotée de 151 bureaux d’une surface moyenne de 20 mètres carrés, des bureaux administratifs et de soutien et cinq salles de réunion. Le Sénat aura 37 bureaux d’une surface moyenne de 20 mètres carrés, trois salles de réunion et des bureaux administratifs et de soutien (salon inclus).

Les hémicycles, les salles de réunion et les bureaux administratifs et de soutien seront logés dans les étages 2 et 3 du bâtiment A, dans une superficie de 6,145.48 m2. Le parking des sénateurs devra se situer au bâtiment A et comportera 60 places. Dans ce même bâtiment, il y aura également des espaces de supports aux amphithéâtres (salon, toilettes, espace pour des huis clos, salle technique, etc.), des dépôts (alimentaire, technique et entretien). Le parking des députés sera logé dans le bâtiment C avec 287 places.

Le bâtiment D est réservé aux salles d’accueil, de contrôle, aux salons VIP, aux bibliothèque et musée, aux salles de conférence et de presse, aux services de support et locaux techniques, etc. « Le palais législatif sera très opérationnel et offrira ainsi un cadre agréable pour tous ses utilisateurs », peut-on lire dans la fiche préparée par l’UCLBP pour ce qui s’annonce comme le plus imposant bâtiment de la République.

Source/Le Nouvelliste
Photo/Le Nouvelliste
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