PORT-AU-PRINCE – Malgré mon aversion pour la 49ème législature haïtienne, je ne pouvais m’empêcher d’admirer certains parlementaires qui s’étaient distingués de par leur élégance, leur choix de langage et leur combativité. Politiquement, ils étaient d’horizons divers; et le sénateur Andris Riché fut du nombre, en dépit de mon rejet de son parti, l’OPL, dû à sa mauvaise pratique “woule m de bò (mi-figue, mi-raisin)”. Au début de ladite législature, M. Riché incarnait le sage Salomon tant il haranguait ses collègues pour les inviter à faire preuve de retenue au cours des discussions houleuses.

Au vent de ces dernières années, cependant, on est légion à constater _lamentablement_ la métamorphose du sénateur Riché de la rectitude à la magouille, de la sagesse à la vulgarité. Peut-être qu’il a toujours a été ainsi, et que l’on s’était trop trompé des dehors civilisés affichés auparavant. Possible! Mais, on est stupéfié des propos grivois prononcés par l’homme lors d’une séance parlementaire et au cours d’une conférence de presse récemment accordée.

J’en veux pour preuve ces deux faits. Lors d’un échange avec ses pairs concernant la modalité à adopter pour élire un nouveau président au sénat, certains parlementaires proposaient la pratique de “main levée”. Mr. Riché, redoutant que ses adversaires politiques ne fussent sur le point de propulser le sénateur Evallière Beauplan à la tête du grand corps, eut recours à des vacarmes et insultes qu’il condamnait jadis. Avant de vider l’enceinte parlementaire à dessein d’infirmer le quorum, le représentant de l’OPL ironiquement proposa à l’assemblée de procéder à l’élection non pas à main levée mais “a bonda leve” (fesses levées). Etait-ce nécessaire ?

Pire, il a traité un journaliste de con, faute d’ignorer la signification et la connotation vulgaire du mot anglais “ Bullsh…t ”. Dans les milieux anglophones, on évite d’utiliser ce thème. Parce que signifiant, littéralement, excrément (de taureau), on préfère le remplacer par les deux lettres « BS ». Dans les médias, il est courant de voir remplacer ce « BS » ou toute autre vulgarité par le mot « expletive » (juron). Assurément, il faut faire avec les bonnes manières en milieu anglo-saxon.
Ouf! Le sieur Riché est connu comme pasteur. Autrement dit, sa mission consiste à être “le sel de la terre”, “la lumière du monde”. Malheureusement, son comportement et son langage de bulldog l’ont muté en l’absinthe de la terre et en un symbole des ténèbres.

Lorsque le Christ (en qui Riché dit croire) était aux prises aux moqueries des pharisiens et des docteurs de la loi, il ne lançait jamais des paroles grossières pour soutenir sa thèse et son antithèse. Au contraire, Il leur sortait des réponses claires basées, entre autres, sur des paraboles et sur ce que les philosophes appellent “l’ironie socratique”. Il conseilla au grand Nicodème de “naître de nouveau”, par exemple.

En guise de suivre les traces de Jésus, notre pasteur “sanzave” a opté pour tenir un langage fleuri à la Sweet Mickey, dont il continue de supporter le clan politique. Les grossièretés de langage de Sweet Micky ont séduit le sénateur-théologien au point qu’il émule servilement son vocabulaire obscène. Dans l’une de ses compositions musicales, l’ancien président_ dans un créolo-anglais_ chantait : “I don’t care…I don’t give a sh…t…kite mele dada m” ou mieux, “ se sa mother..fuc… yo vle ”. Des propos vulgaires, socialement et et intellectuellement bas, pourtant textuellement repris par celui qui s’autoproclame le berger des âmes à sauver dans ses rapports avec ses collègues parlementaires et les journalistes. A la seule différence qu’il a eu le soin de remplacer “dada” par “bounda”. Question de dialecte régional  Ouest versus Grand’Anse? Peut-être ?

Ainsi, pour obtenir quelques frics supplémentaires et s’octroyer une place avantageuse à l’échelle politique avec tout ce que cela comporte de faiblesse d’esprit et d’indignité, Mr. Riché a troqué la vareuse de son ex-mentor Jésus contre celle du sweetmickeysme. Sa stratégie privilégie désormais l’arrogance à la sagesse, l’ignorance à l’intelligence. Puisque l’intelligence donne la faculté de différencier l’homme de la bête, il va sans dire que le sieur Riché s’est, pour ainsi dire, démarqué de l’espèce humaine et est descendu à un niveau inférieur pour servir un homme qui s’appelle Sweet Mickey.

Il est de notoriété que nombre de gens ayant joui d’une bonne réputation autrefois pour leur calme ont terni leur image une fois qu’ils se sont associés au regroupement politique de Martelly directement ou en cachette (comme c’est le cas de Mr. Riché). Qui plus est, la bande à Martelly n’a aucune idéologie clairement définie, ce qui rend impossible d’engager des discussions avec elle au nom de la logique la plus élémentaire. Malgré des différends avec le duvaliérisme, ce courant politique brandissait au moins le “noirisme” comme cheval de bataille. Un concept à redouter, certes, bien qu’offrant matière à débat des points de vue anthropologique et historique. Pour ce qui est du PHTK (le parti de Martelly auquel adhère Riché sournoisement), on est en plein flou. Il est difficile de raisonner avec ses partisans comme il s’avère une tâche ardue de philosopher avec un gamin âgé de deux ans. C’est de la stupidité à son paroxysme!

Dans cette même foulée, on ne saurait tirer un trait de plume sur les penchants mercantiles du “pasteur”. On rapporte qu’il aurait empoché quantité d’argent – don de l’ex-premier ministre Laurent Lamothe, un homme internationalement connu comme un escroc par excellence. M. Riché aurait profité des dollars avancés par celui-ci pour parachever la construction d’un temple à Jérémie. Mais, quel dieu va-t-on louer à l’inté- rieur de cette enceinte bâtie avec des fonds issus de provenances louches? Quel discours moralisateur peut prononcer le pasteur, lui qui s’amuse à insulter autrui par des coups de gueule? Lui qui, à l’instar de Judas, a collecté les “30 pièces d’argent” de Lamothe pour trahir le peuple, pour trahir le Christianisme – une foi qu’il déclare partager.

Enfin, M. Riché s’est bien transformé en un géronte crasseux qui est devenu la risée de plus d’un. Si hier les parents et les gens aux mœurs rangées demandaient aux enfants de faire la sourde oreille de peur de se faire crever les tympans par les propos mal sonnants de Sweet Mickey, aujourd’hui, c’est au tour du sénateur Riché de causer un haut-le-cœur avec des propos qui font entorse aux normes de la civilité. Aussi devrait-il se rappeler que le vrai pasteur ne saurait arrondir ses comptes avec de l’argent sale comme celui octroyé par Laurent Lamothe. M. Riché n’a pas froid aux yeux. Il ne recule devant rien. Voilà l’homme!

Son comportement vient donner raison au duc de La Rochefoucauld qui remarqua avec justesse : “Les vertus se perdent dans l’intérêt comme les fleuves dans la mer.” En ce sens, la Bible, censée le livre de chevet du sénateur-pasteur, avertit : “il s’élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux” (Actes 20  :30). “Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs” (Matthieu 7  :15). “Et, parce que l’iniquité se sera accrue, la charité du plus grand nombre se refroidira” (Matthieu 24  :12). Et les Saintes Ecritures de poursuivre : “Mais l’Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, quelques-uns abandonneront la foi, pour s’attacher à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons,  par l’hypocrisie de faux docteurs portant la marque de la flé- trissure dans leur propre conscience” (1 Timothée 4 :1-2).

Alors, notre “frère” dans la foi, a-t-il abandonné la « foi » et l‘esprit saint pour être possédé par un esprit de lucre et de vulgarité au point de se plaire à débiter des fadaises à la Sweet Mickey?

Je tiens à préciser que cet article ne constitue pas une attaque ad hominem à l’endroit de l’élu grand’anselais. Loin de là. A mon âge, je ne saurais être naïf. Cependant, je continue de croire que les leaders religieux surtout (comme M. Riché) doivent comprendre l’énorme poids social qui pèse sur eux. Dans notre civilisation afro-caribéenne, ils ont toujours constitué les derniers remparts de nos sociétés. Souvent des familles se tournent vers eux pour résoudre des conflits conjugaux, pour gronder un enfant indécrottable. C’est à ces pré- lats aussi que les gens s’adressent pour guérir un mal qui défie la médecine, ou lorsqu’ils sont en complète déconfiture.

Traditionnelle – ment, c’est aux prêtres, pasteurs, houngans, mambos et vénérables qu’il incombe la tâche de dire le mot final. Alors, un peu de pudeur! Les agissements de ces mecs-là sont de nature à influencer tout le public dans le bon comme dans le mauvais sens. Ils sont capables de modifier profondément le tissu social et la conscience collective au point où les nationaux peuvent haïr tout ce qu’ils doivent aimer et aimer tout ce qu’ils doivent haïr. C’est dangereux pour la survie identitaire d’une nation. Les prises de décision de certains notables religieux n’aiguisent point le goût de la jeunesse pour la théologie, mais pour la scatologie. Qu’ils usent de leurs bons offices et de leur pouvoir pour le bien au lieu de grossir les rangs des énergumènes qui travaillent au maintien du statu quo et de l’indécence.

Réginal Souffrant
Source/JOURNAL HAITI LIBERTE VOL 9, No. 36″
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