PORT-AU-PRINCE – « Au nom du gouvernement, je condamne formellement les propos du président américain », a informé l’ambassadeur d’Haïti à Washington, Paul Altidor, le jeudi 11 janvier, quelques heures après la publication d’un article du Washington Post rapportant les propos non démentis de Donald Trump qualifiant Haïti de « un trou de merde », pays dont on devrait limiter l’arrivée de ressortissants aux Etats-Unis. L’ambassadeur Paul Altidor a confié au journal que « la chancellerie a convoqué le chargé d’affaires américain pour clarifier ce qui a été dit ».

« Je suis inondé d’email de ressortissants américains qui font part de leur regret et présentent des excuses à cause des propos du président qui ne font pas l’unanimité », a expliqué le diplomate haïtien, soulignant que la « majorité » des Américains ne partagent pas la perception du président Donald Trump, « mal informé sur ce que sont les relations haitiano-américaines à travers le temps. » « Il caricature les Haïtiens comme si nous sommes des boat-people qui viennent exploiter les ressources aux Etats-Unis. Ce qui n’est pas le cas. Des soldats haïtiens se sont battus à Savannah pour l’indépendance des Etats-Unis », a indiqué l’ambassadeur Paul Altidor, estimant que « le rappel historique est important parce que par moments, cette administration cerne mal la longévité et la complexité des relations entre les deux peuples ». « Les propos, mal venus, entrent dans un contexte », a souligné Paul Altidor qui fera la tournée des grands médias américains le 12 janvier pour exprimer la position du gouvernement, le jour de la commémoration des huit ans du séisme ayant frappé Haïti et laissé des destructions et un Himalaya de cadavres dans son sillage.

Le président Trump a fait une sortie fracassante ce jeudi 11 janvier 2018 quand des sénateurs démocrates et républicains, qu’il recevait dans le bureau ovale, ont proposé de remettre en place des protections pour les immigrants d’Haïti, du Salvador et des pays africains dans le cadre d’un accord d’immigration bipartite, rapporte le Washington Post, citant deux personnes assistant à la réunion.

« Pourquoi voulons-nous que toutes ces personnes issues de pays de merde viennent ici ? », s’est exclamé Trump, selon ces personnes, se référant aux pays africains et à Haïti, utilisant l’expression vulgaire « shithole countries ». Le président américain a ensuite suggéré que les États-Unis avaient besoin de plus d’immigrants venant de pays comme la Norvège, au lendemain de la visite de la Première ministre Erna Solberg à la Maison-Blanche.

”Ils ont tous le sida”

Avant la Noël, Haïti était au cœur d’une polémique entre la Maison-Blanche et le New York Times. Dans un article publié le 23 décembre 2017, le journal a rapporté des propos dérangeants qu’aurait tenus le président américain à l’égard des quinze mille Haïtiens arrivés aux États-Unis munis d’un visa américain en 2017. « Ils ont tous le sida », aurait grommelé Donald Trump, selon le journal, citant des personnes qui ont assisté à une réunion avec le président américain sur sa politique de l’immigration. Des allégations qui ont été démenties par la Maison-Blanche.

« Ces propos font ressurgir une nouvelle page dans notre histoire en tant que peuple et en tant que nation », avait estimé l’ambassadeur haïtien à Washington Paul Altidor sur radio Magik 9, rappelant la bataille qu’ont dû mener nos compatriotes pour forcer les autorités sanitaires américaines à revenir sur leurs déclarations liant les Haïtiens à l’apparition du Sida, au début des années 80. Ces stigmatisations n’ont plus leur place dans la société américaine, soutient Paul Altidor, qui a publié une tribune dans le New York Times pour appeler au respect d’Haïti. Le diplomate haïtien pense qu’il existe un « problème de fond » qu’il faut résoudre. « Que le président américain ait fait ces déclarations ou pas, ce n’est pas là le problème », avait-t-il d’ailleurs indiqué. « Nous estimons que la narrative d’Haïti est négative, que ce soit auprès des détracteurs d’Haïti ou auprès de ceux qui l’aiment. Dans la conscience américaine, Haïti est un pays de misère, d’instabilité, d’ordures pour lequel il faut de la charité et de la pitié », avait explique le représentant d’Haïti à Washington.

Il est temps qu’on arrête de ne parler d’Haïti qu’en des termes négatifs, plaide le diplomate qui croit qu’aussi longtemps que cette façon de représenter les Haïtiens persistera, les efforts pour mettre le pays sur la voie du développement ne seront pas appréciés en tant que tels.

Paul Altidor a parallèlement invité les Haïtiens à faire un effort pour éviter d’alimenter cette image défavorable du pays. « Très souvent, c’est nous qui prêtons le flanc à cela », a-t-il dit tout en dénonçant cette attitude que nous avons de nous «caricaturer» et d’ « amplifier » nos malheurs, rien que dans le but d’attirer la sympathie de l’étranger

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Source/Le Nouvelliste
Photo/Archives
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