Mascarade, incompétence, insulte

L’arrivée au Canada, ces dernières semaines, par vagues de centaines, de mes compatriotes haïtiens et haïtiennes en provenance des États-Unis, n’a rien de réjouissant pour le canadien-québécois d’origine haïtienne que je suis. À les voir franchir la frontière canadienne au rythme de 150-700 par jour, enfants accrochés aux bras, abandonnant tout dernière eux, je suis sincèrement ému de compassion pour eux.

Beaucoup d’entre eux ou d’entre elles, ont réussi un véritable parcours de Titan, sinon un marathon, avant de parvenir à ce qu’ils perçoivent —mirage?—comme «l’Eldorado canadien ». Un homme m’a particulièrement touché par son histoire personnelle. Il a laissé Haïti tout de suite après le tremblement de terre de 2010, à destination du Brésil, puis du Chili, puis du Mexique, puis de la Californie. Or, à peine s’est-il installé aux États-Unis que Donald Trump a commencé à cracher ses menaces xénophobes contre les immigrants illégaux; alors, il a repris son bâton de pèlerin vers le Canada.

Mis à part les détails particuliers, son histoire est celle de tout ressortissant haïtien qui, à un moment donné, au cours des 100 dernières années—l’émigration haïtienne a débuté vers les années 1920, par la faute de l’occupant américain—, a laissé son Haïti chérie, en quête d’un mieux-être dans la diaspora.

Diaspora? Cela veut dire, les pays des Caraïbes, des Amériques, de l’Europe, de l’Afrique, voire de l’Asie. La situation d’Haïti s’est tellement détériorée au fil des ans que les Haïtiens de l’intérieur cherchent à fuir vers n’importe quelle destination. Le mot d’ordre semble être le suivant: Anywhere but Haiti! Partout-ville sauf Haïti!

Tous les indices économiques pointent vers une détérioration accélérée du niveau de vie de l’Haïtien de l’intérieur. Le pays est ingouverné et mal gouverné. Entretemps, où sont passés les dirigeants ? Ils sont là, sans vision, sans compétence, ils pillent, dilapident, détournent les fonds publics, se construisent des villas, roulent dans des blindés luxueux, entretiennent femmes et maîtresses; bref, ils font tout pour eux-mêmes et leur gros nombril; et rien pour la population exsangue.

De l’incompétence à l’insulte
Et comme si la situation d’Haïti n’était pas assez embarrassante en soi, le gouvernement Moïse-Lafontant a ajouté la mascarade à l’incompétence, et l’ironie à un manque flagrant de dignité, ces derniers jours. Face à l’arrivée massive au Québec des Haïtiens en provenance des États-Unis, l’État kleptocrate et kleptomane haïtien a dépêché deux Ministres: celui des Affaires étrangères et celle des Haïtiens vivant à l’étranger.

Objectif de la mission impromptue et non souhaitée par les autorités canadienne et québécoise? Visiter les ressortissants haïtiens, demandeurs d’asile politique et exprimer leurs remerciements à l’État canadien et québécois.

Résultat ? Ils n’ont été reçus que par le Maire de Montréal, Denis Coderre. Aucun homologue canadien ou québécois, c’est-à-dire, dans les termes diplomatiques, aucun vis-à-vis n’a daigné les recevoir. À titre d’exemple, Madame Kathleen Weil, Ministre Québécoise de l’Immigration, s’est contentée d’un entretien au téléphone avec le Chancelier haïtien. Motif allégué? Elle est en vacances. Or, moins de 24 heures auparavant, elle était en conférence de presse au Québec.

Du côté fédéral, les homologues canadiens se sont astreints, eux aussi, à une conversation téléphonique. Personne, à part le Maire Coderre, n’a voulu offrir de conférence de presse conjointe avec ces visiteurs embarrassants, encombrants et ignorants des notions élémentaires du Droit de l’immigration et du Droit international.

À titre d’exemple, les deux Ministres haïtiens, contrairement à la tradition en la matière (qui remonte à la Seconde Guerre mondiale!), ont souhaité rendre visite aux demandeurs d’asile haïtiens, pour leur « exprimer leur solidarité ». C’est non seulement indécent, mais c’est contraire à la pratique du Droit de l’immigration et du Droit international, car quand un ressortissant d’un pays fait une demande d’asile politique dans un autre pays, le pays qui l’accueille doit protéger son identité contre les autorités du pays d’origine. Or, ici, —comble d’ironie, d’ignorance et d’incompétence—, ce sont les Ministres haïtiens qui viennent au Canada et qui cherchent à voir les demandeurs d’asile, pour leur exprimer leur « solidarité ». Solidarité, mon cul!

En conséquence, le gouvernent canadien a fait comprendre aux encombrants et indélicats émissaires haïtiens qu’ils ne pouvaient rencontrer aucun ressortissant haïtien, demandeur d’asile. La montagne de mascarade et de démagogie de l’État haïtien a donc accouché d’une souris de honte pour les Haïtiens d’ici et d’ailleurs.

Car, qu’on se le dise, s’il y a tant de demandeurs d’asile haïtiens, c’est justement à cause de l’incurie, de la kleptomanie et de la kleptocratie des différents dirigeants haïtiens( antérieurs ou actuels), qui n’ont rien foutu pour le peuple haïtien.

L’insulte et l’inconscience….
« Nous sommes venus remercier le gouvernement canadien, québécois et la Ville de Montréal de l’accueil qu’ils ont offert aux ressortissants haïtiens », lancent, sans état d’âme et sans vergogne, les Ministres haïtiens. Pas un sou de dignité!

Car avec un peu de dignité et de sens de responsabilité, l’État haïtien devrait avoir honte et faire son mea maxima culpa de ne pas pouvoir garder sa population et prendre soin de son peuple. Or, contre toute notion de décence, le gouvernement haïtien dépêche deux Ministres pour remercier un État étranger de s’occuper de son peuple à sa place. Aucune décence. Aucune gêne. Aucune dignité. À l’étranger comme à l’extérieur, l’État haïtien fait honte à son peuple.

Qu’est-ce à dire?
Je lance un appel de solidarité en faveur de nos frères et soeurs haïtiens, qui sont en quête d’un horizon meilleur pour eux-mêmes et leur progéniture. Je félicite les divers paliers des Administrations canadienne, québécoise et montréalaise pour leur humanité. Quant à l’Etat haïtien, ses dirigeants (antérieurs et actuels), ses gouvernants, ses Ministres, ses Sénateurs, Députés, ou autres, je les emmerde tous… Ils sont les premiers responsables du désarroi du peuple haïtien. À l’intérieur comme à l’extérieur, ils nous font honte! Honte à eux!

Dr Jean Fils-Aimé, Ph.D.

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