PORT-AU-PRINCE – D’ici janvier 2023, Haïti ne pourra plus exporter ses mangues vers les Etats-Unis. Les inspecteurs du Département de l’agriculture des Etats-Unis, en charge des inspections de prédédouanement, en Haïti, ne peuvent plus faire leur travail à cause de l’aggravation de l’insécurité en Haïti, a notifié le Département aux exportateurs haïtiens de mangues.

Pour la filière qui, selon un industriel, pèse entre 10 et 12 millions de dollars l’an, dont la moitié va aux agriculteurs, c’est un coup de massue.

« Conformément à notre conversation téléphonique du 13 octobre 2022, cette lettre a pour but d’informer l’ANEM que APHIS fermera le programme de prédédouanement des mangues en Haïti à la fin du mois de janvier 2023. Nous prenons cette mesure en raison de l’aggravation des difficultés en Haïti qui ont rendu impossible pour nos inspecteurs APHIS de travailler en toute sécurité. Cette mesure est conforme aux informations que nous avons reçues de l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince. Nous avons placé les dix inspecteurs de l’APHIS en Haïti en congé indéfini et rémunéré à compter du 10 octobre 2022 », peut-on lire dans une lettre envoyée au président de l’association nationale des exportateurs de mangues ( ANEM), Ralph Perry par Jorge Abad, directeur régional pour l’Amérique centrale et les Caraïbes USDA APHIS PPQ Pré-dédouanement et Programmes Offshore. « Notre équipe restera en congé jusqu’à la fermeture officielle du programme. Nous nous engageons à travailler en étroite collaboration avec eux, l’organisation nationale de protection des plantes d’Haïti et l’ANEM, l’organisation nationale de protection des végétaux d’Haïti, pour faire avancer ce processus. Nous envisagerons de rétablir le programme si la situation en Haïti s’améliore, en consultation avec l’ambassade des États-Unis. Nous apprécions votre collaboration et l’attention rapide que vous portez à cette question. Sachez que la sécurité de nos employés est notre plus grande préoccupation. Nous sommes disponibles si vous avez des questions pendant cette période de transition », selon cette lettre en date du 24 octobre 2022.

C’est une très mauvaise nouvelle pour la filière, a affirmé une source. Mais on redoutait cette décision face à la dégradation du climat sécuritaire qui a affecté les opérations des exportations de mangues.

« Aujourd’hui, ce n’est pas simple de garantir la sécurité du personnel et des inspecteurs qui doivent se rendre à Pont Sondé ou à Santo par exemple. Je comprends la décision du gouvernement américain qui a des responsabilités envers ses employés. Ses employés ont des droits. Le droit à la sécurité notamment », a indiqué cette source qui a évoqué une série d’incidents néfastes pour des producteurs de mangues.

Pour les exportateurs de mangues ou de n’importe quel produit, circuler à Canaan, en Plaine du Cul-de-sac, à Pont Sondé est devenu un défi sécuritaire. Les multiples incidents au bas de Delmas, autour du port, ont provoqué la perte de cargaison de mangues qui n’ont pas pu partir à temps, a expliqué cette source qui a refusé de lancer un quelconque appel.

« Je dois lancer un appel à qui ? Aux gangs ? Même si c’est eux qui ont le pouvoir, je me refuse à cela », a indiqué cette source, qui souligne que les usines seront touchées. Mais ce sont les agriculteurs, les petits revenus qui seront le plus durement affectés par cette décision, a indiqué cette source.

Le gouvernement Henry, incapable de mettre en déroute les gangs, a sollicité une aide militaire internationale. La demande divise. Il y a ceux qui disent non. Ils sont favorables au renforcement de la PNH. De l’autre côté, il y a ceux qui sont pour une assistance robuste pour aider Haïti à résoudre le problème de sécurité et mettre hors d’état de nuire les gangs et leurs alliés.

Entre-temps, l’économie haïtienne déjà exsangue, après quatre années consécutives de récession, coule à pic.

Source/Le Nouvelliste
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