PORT-AU-PRINCE – Un livre ou dix, un petit billet ou un gros chèque… Plusieurs milliers d’habitants de Cité Soleil et d’ailleurs ont contribué à la création d’une bibliohèque dans l’espoir de changer l’image de cette ville, l’une des plus pauvres de Haïti, trop souvent associée à l’insécurité.

“Les jeunes qui s’affrontaient ont trouvé une entente, ils ont voulu faire la paix alors on s’est dit qu’il fallait venir avec un mouvement pour retirer les armes des mains des enfants et y mettre des livres”, explique Joseph Benson, un pionnier du projet âgé de 27 ans.

A alors germé l’idée de construire une bibliothèque, un véritable défi dans cette commune indigente, située sur la baie de Port-au-Prince. Malgré ses 500.000 habitants, en majorité des jeunes, elle ne compte qu’un seul lycée public et aucune structure d’enseignement supérieur.

L’analphabétisme y règne alors que près d’un adulte sur deux ne sait ni lire ni écrire en Haïti, selon l’Unicef.

Pourtant ce ne sont pas les projets culturels à vocation sociale –financés par des ONG ou des pays étrangers– qui ont manqué au cours des dernières décennies, mais peu sont devenus réalité. Et ceux qui se sont concrétisés, ont pour beaucoup périclité faute d’appropriation par les habitants.

Pour éviter cet écueil, un groupe de jeunes a décidé de “faire participer tous les gens de Cité Soleil”. “On a pris la rue ici et on a commencé à demander des dons”, se rappelle Joseph.

S’inspirant des collectes participatives sur internet, ils ont lancé dans le monde bien réel l’opération “Konbit bibliotek Site Soley”. Le “Konbit”, en créole, c’est le travail collectif, encore pratiqué dans les zones rurales du pays.

Plus de 10.000 livres
En un an, ils ont collecté plus de 4,7 millions de gourdes (environ 60.000 euros) et plus de 10.000 livres. Pour la construction du local qui a commencé il y a un mois, des contributions matérielles et logistiques sont venues s’ajouter.

Même le commissariat de police, situé face au chantier, participe: il s’est engagé à fournir durant deux mois l’eau nécessaire au ciment. Et un policier affecté à Cité Soleil est devenu un fervent ambassadeur du projet.

“Étant donné que je suis impliqué directement dans l’aspect sécuritaire du pays, je comprends la nécessité d’aller trouver les jeunes”, explique Ricardo Antonio Joseph, membre d’une unité de police spécialisée dans la gestion des foules.

“Pour que le calme perdure ici, encore faut-il que tout le monde mette la main à la pâte: ça n’est pas uniquement l’affaire des élus ou des habitants de Cité Soleil, c’est l’affaire de tous”, affirme cet officier qui, grâce à ses contacts dans une maison d’édition, a déjà fait don de 550 livres.

Au total, plus de 4.000 donateurs ont contribué au projet. Ils ont tous été photographiés, don en mains.

Louino Robillard, membre particulièrement actif du “konbit”, reste marqué par les dons des plus modestes.

“Ce qui m’a fait très plaisir et qui m’a beaucoup motivé, ce sont les gens qui ne savent pas lire, mais qui donnent quand même de l’argent en disant: +voilà mes 50 gourdes (60 centimes d’euros, NDLR), c’est pour mon enfant. Je veux qu’il ait une bonne éducation+” raconte-t-il.

Selon lui, “80% des donateurs sont des gens de Cité Soleil: des élèves, des petits marchands, des professionnels, des étudiants… Ça veut dire qu’on a une population qui est prête à avoir une autre mentalité”.

Même espoir de changement chez le contremaître Lexy Feton.

“C’est la première fois qu’il y a un projet comme ça, un projet positif: tous les gens du quartier aident comme ils peuvent, ainsi il n’y a aucune tension contre la bibliothèque”, relève l’homme de 45 ans, casque de chantier vissé sur la tête.

Et de confier: “Participer à la construction et au konbit, c’est une fierté et ça restera comme une histoire que je serai toujours content de rappeler à mes enfants”.

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Source/La Dépêche
Photo/Archives
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