PORT-AU-PRINCE – L’attitude d’une dizaine de membres d’Oxfam Grande-Bretagne, accusés d’avoir eu recours à des prostituées en Haïti, en 2011, n’est représentative ni de l’organisation elle-même, ni des acteurs humanitaires, en général. Elle ne peut toutefois s’apparenter à un simple accident ou à un dysfonctionnement ; encore moins à un cas isolé. Des cas similaires dans d’autres pays (Liberia, Tchad, Soudan du Sud…), attribuables à d’autres organisations non gouvernementales (ONG), apparaissent de plus en plus au grand jour.

S’il convient de ne pas céder au réflexe d’autodéfense « corporatiste » du secteur, il faut aussi et surtout dénoncer le lynchage précipité et injuste d’Oxfam. Celui-ci, instrumentalisé par ceux qui veulent couper les budgets « inutiles » de la coopération au développement, vise en réalité la solidarité Nord-Sud et la critique politique des inégalités. Le scandale s’inscrit dans le contexte actuel de dénonciation des agressions sexuelles envers les femmes à la suite de l’affaire Weinstein mais il constitue également un révélateur de la place qu’occupe l’humanitaire aujourd’hui et de son fonctionnement.

Découvrir que des humanitaires, au lendemain du séisme du 12 janvier 2010, dans un pays dévasté où vit une population en détresse, se sont « offert » des prostituées (dont certaines pourraient être mineures) lors de soirées, payées indirectement par l’argent récolté au nom de la solidarité avec le peuple haïtien, s’apparente à une chute. Et une chute d’autant plus grande que l’aura qui entoure l’aide humanitaire, du moins dans le monde occidental, est puissante.

Fonctionnement autocentré du système humanitaire

Mais cette aura n’est que l’envers du désenchantement du politique et de notre paresse intellectuelle et affective. Investi de toutes les vertus, l’humanitaire doit nous laver des complications politiques et de notre impuissance. On juge de son efficacité et de sa légitimité sur la base de son propre discours…

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Source/Le Monde
Photo/Archives
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