PORT-AU-PRINCE – Suite à la publication de l’arrêté présidentiel du 23 mai 2018 l’enjoignant à obtenir “l’approbation” du CSPN concernant « les décisions intéressants les nominations ou transferts au niveau des directions centrales et départementales », le directeur général de la PNH, Michel Ange Gédéon a repris l’extrait d’un discours prononcé en 2016 comprenant une mise en garde de l’effet néfaste de la politisation de l’institution policière. Son intervention intervient sur fond d’une avalanche de critiques contre l’Exécutif qui tente de modifier une disposition de l’article 13 de la loi du 29 novembre 1994 avec un arrêté.

Michel Ange Gédéon ne s’est pas confiné dans le silence. Mercredi, sur sa page Facebook, en haut d’une photo le montrant entouré de policiers anti-émeutes, le directeur général de la police s’est fendu d’une mise en garde aux troupes quant aux conséquences néfastes des intrusions politiques sur la Police nationale d’Haïti (PNH). «… Je voudrais souligner pour vous à l’encre forte que les vieilles pratiques politiques partisanes n’ont jamais fait du bien à notre institution. Chaque fois que la politique entre dans la cuisine de l’institution, c’est pour tout gâcher. Les faits sont là et les exemples tellement éloquents. Soyez et restez professionnels ! Les gouvernements passent, votre police demeure », a posté le directeur général de la PNH Michel Ange Gédéon. « Notre police est nationale, mais nous ne pouvons nous cacher derrière notre souveraineté pour faire n’importe quoi. Tous les regards sont fixés sur nous. Nous avons un devoir d’image et un devoir de résultat », lit-on dans ce poste. Par ailleurs, Michel Ange Gédéon a attiré l’attention de ses troupes sur le fait que « chaque candidat a un programme de gouvernement, mais aucun ne peut se passer du volet de la sécurité. Vous êtes donc incontournables. Soyez-en fiers sans pour autant avoir la grosse tête. »

Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Jean Roody Aly a indiqué que l’arrêté voulait créer plus de cohérence à travers un échange d’informations entre la direction générale de la PNH et le CSPN. Le Parlement se tourne vers le ministre de la Justice, vers le président du CSPN chaque fois qu’il y a des informations, des explications à donner par rapport à une opération ratée de la police nationale, à un acte qu’elle a posé, à une intervention qu’elle n’a pas réalisée pour une raison ou pour une autre. Le CSPN doit avoir des informations quand il y a un problème.

Il ne peut pas être informé par voie de presse, a expliqué le ministre de la Justice. Dans un souci de cohérence, les décisions prises par la direction générale, comme nous le disons dans l’arrêté, doit avoir l’approbation du CSPN, a expliqué le ministre de la Justice, Jean Roody Aly, qui souligne que le directeur général de la PNH est membre du CSPN. Ce n’est pas le CSPN qui prendra les décisions à la place de la police. La police prendra toujours les décisions. C’est elle qui a l’autorité de décision.

Ce n’est pas une autorisation, c’est une approbation. Ce n’est pas un transfert de compétence, a-t-il insisté. « Il n’y a aucune velléité pour politiser la police nationale d’Haïti », assuré le ministre de la Culture et de la Communicationtion, Joseph Guyler C. Delva. « C’est une mesure préventive et c’est un rappel de la nécessité pour que les décisions soient prises de manière à éviter des problèmes de stabilité au sein de la Police nationale d’Haïti et dans le pays », a expliqué le ministre de la Culture et de la Communication, qui soutient que l’intérêt du gouvernement est que la PNH soit plus performante. Le directeur de la police reçoit les ordres de ses supérieurs hiérarchiques au sein du CSPN, a souligné Joseph Guyler C. Delva.

Au palais national, en date du 23 mai 2018, un arrêté présidentiel pris en Conseil des ministres stipule en son article 1er que « les décisions intéressant les nominations ou transferts au niveau des directions centrales et départementales de la Police nationale d’Haïti, ainsi que celles concernant la règlementation générale, la formation et le renforcement des effectifs, la discipline, la carrière, la rémunération des membres de la PNH sont soumises à l’approbation du Conseil supérieur de la Police nationale d’Haïti avant leur mise en œuvre. Sans cette approbation, ces décisions sont, de plein droit, nulles et de nul effet ».

Pour le sénateur Youri Latortue , cet arrêté est « illégal ». L’arrêté présidentiel ne peut pas modifier l’article 13 de la loi du 29 novembre 1994 portant création et fonctionnement de la PNH, a-t-il pesté. Plus loin, Youri Latortue a indiqué que l’article 13 de cette loi prescrit que « le CSPN donne son avis sur toutes les questions touchant à la règlementation générale, la formation et le renforcement des effectifs, la discipline, la carrière, la rémunération des membres de la police ».

« Un arrêté ne peut pas modifier une loi. Je pense qu’ils sont allés trop loin », a estimé Mario Andrésol, soulignant que « cette démarche de l’exécutif doit interpeller toutes les forces vives du pays ». C’est très dangereux. Il faut ouvrir les yeux. On ne peut pas retourner au passé, a-t-il dit. Mario Andrésol, ex-chef de la police, a indiqué que les conséquences de la politisation de la PNH sont connues. En 2004, la PNH a implosé, a rappelé Mario Andrésol. « Cet arrêté signifie au chef de la police qu’il n’a plus d’autorité. Si celui-ci démissionne, le problème ne sera pas résolu pour autant », a-t-il assuré, déplorant que trop de gradés fassent de la politique afin de devenir directeur général de la PNH. Mario Andrésol a appelé le président Jovenel Moïse à se ressaisir.

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Source/Le Nouvelliste
Photo/Archives
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